La FIPP revient au Congrès des Nations Unies pour faire progresser les stratégies de réduction de la récidive
La Fondation internationale pénale et pénitentiaire (FIPP) a poursuivi son retour au cœur des débats internationaux sur la justice pénale le 28 septembre 2026, lorsque son président, le Prof. Dr Stephen Shute, est intervenu à Abou Dhabi lors d’une réunion parallèle consacrée à la mise en œuvre des Stratégies types des Nations Unies pour réduire la récidive, les Stratégies types de Kyoto.
Co-organisée par l’Asia Crime Prevention Foundation (ACPF), la FIPP, le Thailand Institute of Justice (TIJ) et le ministère de la Justice de Roumanie, la réunion a rassemblé des organisations jouant des rôles complémentaires dans la mise en œuvre des Stratégies. Elle se voulait résolument tournée vers la pratique : partager les initiatives, les difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre et les projets à venir, ainsi que mettre en lumière des exemples de bonnes pratiques susceptibles de traduire les Stratégies en changements concrets.
La présentation du Prof. Shute, intitulée « Pushing the Frontiers of Reducing Reoffending », s’appuyait directement sur le Colloque international organisé par la FIPP à Tokyo en octobre 2025, en partenariat avec le ministère japonais de la Justice et l’Institut des Nations Unies pour l’Asie et l’Extrême-Orient pour la prévention du crime et le traitement des délinquants (UNAFEI). Elle a permis de dégager des enseignements de ces travaux des priorités claires pour la mise en œuvre des Stratégies par les gouvernements, les institutions de justice pénale et les communautés.
Un message central s’en dégage : la réduction de la récidive ne peut relever du seul système de justice pénale. Les Stratégies types de Kyoto placent la réadaptation, la réinsertion sociale, le processus individuel de désistance et la justice réparatrice au cœur des réformes, tout en reconnaissant la nécessité d’approches souples et individualisées, adaptées aux différents contextes nationaux.
La FIPP a identifié trois domaines prioritaires pour leur mise en œuvre.
- Premièrement, la réadaptation et la réinsertion sociale en milieu pénitentiaire nécessitent des conditions de détention humaines, une réduction de la surpopulation carcérale ainsi qu’une planification individualisée des peines disposant de ressources suffisantes, du début de la peine jusqu’à la libération.
- Deuxièmement, la réadaptation dans la communauté suppose des dispositifs crédibles de déjudiciarisation, de probation et d’autres mesures non privatives de liberté, associant supervision, soutien effectif et réinsertion.
- Troisièmement, des progrès durables reposent sur des partenariats : les acteurs de la justice pénale, les systèmes de santé et de protection sociale, la société civile et les communautés doivent travailler ensemble pour assurer la continuité de l’accompagnement après la libération et favoriser une culture dans laquelle une seconde chance est possible.
La présentation s’est appuyée sur des pratiques prometteuses provenant de nombreux pays, notamment l’Irlande, le Costa Rica, le Tadjikistan, l’Autriche, la Nouvelle-Zélande, le Chili, l’Argentine, la Colombie et le Japon. Ces exemples montrent qu’il n’existe pas de modèle unique de mise en œuvre, mais plutôt un engagement commun en faveur des données probantes, de la dignité, de la continuité de l’accompagnement et de l’implication des communautés.
Pour l’avenir, la FIPP s’est engagée à diffuser les Stratégies types de Kyoto par l’intermédiaire de ses membres, à poursuivre son dialogue avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l’UNAFEI et les autres instituts du Réseau du Programme des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale, ainsi qu’à promouvoir un examen périodique rigoureux de leur mise en œuvre dans les pays représentés au sein de la Fondation.
Le message d’Abou Dhabi était donc à la fois concret et ambitieux: réduire la récidive nécessite des systèmes humains, fondés sur les données probantes et étroitement liés aux communautés qu’ils servent. La FIPP entend jouer un rôle actif pour traduire cette ambition dans les politiques et les pratiques.
Pour la FIPP, cette réunion revêtait également une portée plus large. Forte de racines remontant à 1872 et héritière de l’organisation à l’origine de la tradition des Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime, la Fondation replace aujourd’hui son réseau international et son expertise au cœur des débats contemporains sur les politiques pénales. La réunion d’Abou Dhabi s’inscrit ainsi dans un programme plus large visant à renouer et à renforcer les liens avec les institutions qui façonnent les politiques de justice pénale à l’échelle internationale.